19 mai 2008

57 - Soudain dangereux

soudain

57 - Soudain dangereux

    Loïc savait qu’en s’exhibant ainsi au Nord Sud, il courait le risque de voir Toussaint débouler pour lui faire la peau… Mais le plaisir des premiers rayons de soleil sur Montmartre, et la perspective de pouvoir, enfin, tirer un peu de blé de ce putain de lavis noir, lui faisait trouver la vie légère et le danger grisant. Bref Loïc continuait de se comporter comme un gros naze, et il en était heureux.
     Pourtant ce ne fut pas Toussaint, qui pointa son museau le premier, à la terrasse du Nord Sud, mais Fabio, qui sortait de la maison Pouleman. Le rital projetait de s’enfiler, dans l’ordre, un expresso serré puis les escaliers de Jules Joffrin quand il aperçut Lekervelec, pérorant devant un Perniflard. Aussi sec il s’approcha de sa table, et, sans y être invité, s’assit :
     - Salou, Loïc… Come va ?
     - Oh !... Fabio… Qu’est-ce que tu fous ici ?...
    Rapidement le calabrais rencarda Loïc sur le malheur qui l’accablait, et l’immense chagrin qui l’envahissait:
    - Gina, Loïc, Gina elle faisait lé pipes comme toi tou fais dé la peintoure : avec dou sentiment et en mettant les mains ! Qué zamais, zé né rétrouvérais oune salope comme elle…
    Loïc était d’autant plus sincèrement désolé qu’il voyait ses ambitions niqueuses réduites à peau d’balle! Décidemment, il avait pas d’bol, avec les femmes: soit celles qu’il convoitait se f’saient trucider, soit celle qu’il convoitait plus se f’sait rater! Du coup il en eut comme une montée de vague à l’âme et il se commanda un deuxième jaune. Son coup de blues n’alla tout de même pas jusqu’à lui faire perdre l’esprit de lucre, et il embraya en finesse sur le Van Dongen :
    - Alors, sinon au fait, pour le lavis, t’as vu ?... Je t’ai mis un mot pour te dire le vrai…  A mon avis, un petit lavis comme ça, vu que Van Dondon ça cote pas mal, tu devrais pouvoir en tirer au moins dans les douze plaquounettes… tranquille…
    - Zé sais pas… faut qué zé vois, vou que zé souis séconde main sour lé trouc. Ma qué zé vais té régler l’expertise, tou né t’inquiètes pas…
    - Oh, c’est bon, y a pas l’feu… Et puis t’as d’autres préoccupations, j’imagine…
    - Oui, qué zé souis dans lé deuil… Mais tou sais lé plou drôlatique ?...
    - Non ?...
    - Et bien figoure-toi qué lé faux lavis, et bien c’était Miche qu’elle mé l’avait confié !
    - Non !
    - Si, Miche, qué zé appris son assasinazione ! Zé n’aurais même pas bésoin dé la boutter !
    - Ça alors, j’en reviens pas ! Miche faussaire !... Qui aurait pu penser…

    Loïc souriait intérieurement : pour une fois il était content de lui. Son tour de passe-passe avait fonctionné impec, et il allait entuber rital et manouche en douceur, façon caves mal dessalés. Dans des moments comme ça Loïc Lekervelec se sentait surfer sur la crête de la vague de la Prospérité triomphante, poussé par les vents puissants de la Gloire et de la Consécration victorieuses, prêt à s’abandonner dans les bras de l’Opulence Mammaire de la Gloire Paresseuse et de la Satisfaction du coup tordu mené à terme. Tout à l’ivresse de son succès anticipé, et un peu, aussi, de son deuxième Pernod, Loïc se dit qu’il pouvait peut-être pousser encore un peu son avantage, histoire de nettoyer l’terrain; comme Fabio lui avait largement fait part de son intention de faire la peau à l’assassin de Gina, s’il le chopait, il se risqua à une ultime manœuvre bien dégueulasse, dont il espérait beaucoup sur le plan de sa sécurité personnelle:
    - Quand même, Toussaint, avec son putain d’sabre, si j’avais su…
    - Qué Toussaint ? Qué sabre ?... s’enquit Nera, avec de petits yeux, de tout petits yeux plissés et soudain dangereux…

à suivre

Posté par dinan à 01:01 - Commentaires [11] - Permalien [#]


Commentaires sur 57 - Soudain dangereux

    raaah! the cow ! le fourbe !
    Sinon c'est qu'il a la poisse à la bite Lekervelo. Chaque fois qu'y a une bonasse à qui conter fleurette, zoupe un décollage de tête ça doit être un peu re-lou à force. Pauvre agnelle à 60 000 elle s'en sort bien que l'autre il est eu l'envie déclinante.

    Posté par Statler, 19 mai 2008 à 13:10 | | Répondre
  • oh lalala le kervelec sort de mon corps, vade retro Kervemerde !
    je voulais dire : "Pauvre agnelle à 60 000, elle s'en sort finalement bien que l'autre il ait eu le désir en berne."

    Posté par Statler, 19 mai 2008 à 13:14 | | Répondre
  • 'tain j'savais pas qu'il avait des pouvoirs telekinésique le peintre de mes deux ! la vache, 'tain j'file boire un coup au Balto pour m'remettre...

    Posté par Statler, 19 mai 2008 à 13:15 | | Répondre
  • pfiou... 'tain... the cow... c't'émotion qui vous prend à la gorge là d'un coup sans qu'on s'y attende par surprise... non merde... j'vous jure... oh la la la la la la la !

    Posté par Statler, 19 mai 2008 à 13:17 | | Répondre
  • oh la la !

    Posté par Statler, 19 mai 2008 à 13:17 | | Répondre
  • Ben, j'sais pas trop si c'est l'envie du désir en berne déclinante, mais le fait est qu'c'est quand même zarbi, cette histoire de "j'te veux, y t'tue"! En même temps y a Miche, aussi...

    Posté par Briscard, 19 mai 2008 à 13:19 | | Répondre
  • un désir inconscient dont il avait pas conscience ?

    Posté par Statler, 19 mai 2008 à 13:20 | | Répondre
  • Dis donc Stat', t'as bu quoi, là?...

    Posté par Briscard, 19 mai 2008 à 13:21 | | Répondre
  • Ou un désir inconnu dont il n'avait pas connaissance?...

    Posté par Briscard, 19 mai 2008 à 13:22 | | Répondre
  • euh double vodkila pourquoi ?

    Posté par Statler, 19 mai 2008 à 13:22 | | Répondre
  • Ok, alors t'en as encore deux de retard sur moi! Laisse, c'est pour moi!

    Posté par Briscard, 19 mai 2008 à 13:25 | | Répondre
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