12 mai 2008

55 - Huit lignes

lui_dit_il_en_substance

55 - Huit lignes

    C’est l’inspecteur Bouffignac, finement surnommé Bouffi, du commissariat central du vingtième, place Gambetta, qui appela son collègue Garrin. Ils avaient sur les bras, lui dit-il en substance, une jolie jeune femme à laquelle un malade avait coupé la tête. Signe particulier : le trancheur avait opéré, selon le légiste, au moyen d’un couteau, genre cuisine ou poignard de chasse dentelé. Du coup, vu l’histoire du Bourreau d’la Butte, Bouffi s’était demandé si ça intéresserait pas Garrin d’avoir la copie du rapport, voire même de joindre les affaires. Garrin fut, dans un premier temps, moyennement enthousiaste : si on commençait à lui refiler toutes les histoires d’égorgement de Paris, il allait se retrouver avec plus de macchabs sur les bras qu’il n’y avait de curetons au Sacré Cœur. Mais quand Bouffi lui précisa que la fille décapitée était la gonzesse d’un certain Nera, trafiquant d’art bien connu en haut lieu, l’inspecteur principal Garrin eut un frisson qui lui parcourut l’échine des omoplates à la raie culière, et dit simplement à Bouffi :
    - Ok, j’achète : passe-moi l’dossier de ta décolletée du cigare…
    - C’est tout bon Raymond, j’t’envoie la sauce par bélino !

     La femme à Fabio !... Le Bourreau d’la Butte faisait des extras dans l’est parisien, et lui fournissait un prétexte en or pour causer avec le calabrais, les yeux dans les yeux. Comme quoi, les hasards de la vie… Quoique, à bien y réfléchir, Garrin avait du mal à ne voir que du hasard, dans cette série noire. Il s’était fait un p’tit schéma perso, qui mettait en évidence les relations des protagonistes de l’affaire entre eux. Or, sur les neuf concernés, seul Lekervelec pointait sur plus de trois noms. Presque tout passait par Loïc Lekervelec, qui semblait bien être au cœur de cette histoire de merde. Et pourtant, il ne pouvait être impliqué dans aucun meurtre. Alors, le hasard, n'est-ce pas...
    - Cé qué zé né comprends pas, commissario, cé qué cé vous qui traitez lé meurtre dé ma femme…
    - Inspecteur, Monsieur Néra, inspecteur… C’est que votre femme a été assassinée dans des conditions qui ne sont pas sans rappeler différents meurtres ou tentatives de meurtre qui se sont déroulés dans mon secteur.
    - Ma, zé vois… mais miei amici dé la préfectoure, m’ont raconté qué c’était la brigade criminelle dé Paris qui traitait lé dossier…
    - C’est un peu plus compliqué, Monsieur Nera. Le juge d’instruction, Monsieur Teurman, est effectivement de la section criminelle du Parquet…
    - Dou parquet ? Ma qué vous vous fissez dé moi ! Et perche pas lé carrélage !...
    Garin eut une petite suée : le rital faisait péter ses relations et jouait l’indignation aux petits oignons… Il lui allait falloir jouer fin. Très fin.
    - Non, mais, Monsieur Néra, le parquet, c’est le terme qui désigne les juges qui sont debout, qui marchent, qui enquêtent, quoi… Mais peu importe. L’important c’est que l’enquête de police soit coordonnée par une seule équipe. Et je vous rassure : nous bénéficions de tous les services de la criminelle…
    - Bon, zé vous accorde lé crédit dé lé doute qué vous vous moquez pas… Ma qué lé chagrin mé fé m’emporter… Alors, qué voulez-vous sapere ?...
    - Voilà, Monsieur Néra : avez-vous une quelconque idée de la dernière personne à avoir vu votre compagne vivante ?...
    Garrin était presque sûr que c’était lui, Fabio Néra, à avoir vu Ginette Palatino vivante, et il pensait bien en tirer des conclusions…
    - Ma, jé pense qué c’est oune artiste, qui dévait mé faire l’expertise dé peintoures… Lékervelec, qué cé son nome… Loïc Lékervelec… 

   Mentalement Garrin traça deux nouveaux traits sur son petit schéma. Deux lignes qui partaient de Lekervelec pour pointer vers Fabio et Gina. Deux lignes en plus, ce qui lui faisait maintenant huit lignes …

(à suivre)

Posté par dinan à 01:01 - Commentaires [11] - Permalien [#]


Commentaires sur 55 - Huit lignes

    je trouve qu'y en un qu'a la tête de robert Smith.
    Me trompe- je .

    Posté par stephan, 12 mai 2008 à 07:38 | | Répondre
  • Faudra voir avec Briscard, mais je crois que Bouffignac s'appel en effet robert...

    Posté par happy T, 12 mai 2008 à 10:20 | | Répondre
  • Ben j'sais pas trop pour Robert... Mais en fait j'en n'ai cure...

    Posté par Briscard, 14 mai 2008 à 13:10 | | Répondre
  • Ouaf, j'en ai cure! )) Bon sinon, me dis pas qu'on a côtoyé un serial tueur au Balto tout ce temps-là! Le Killervelec! Nan, pas possible, Josy aurait moufté, Bouffi fait fausse route, son hypothèse va se dégonfler, cqfd, c'est pas Herculoïc Poivrot, l'assassino...

    Posté par Kiki, 14 mai 2008 à 19:23 | | Répondre
  • Kiki, soit un peu à c'que tu lis! C'est Garrin qui voit des Kervelec partout, pas Bouffignac, enfin merde, quoi...

    Posté par Briscard, 15 mai 2008 à 10:58 | | Répondre
  • Rhaa, désolée, j'avais les yeux un peu...bouffis, faut croire!

    Posté par Kiki, 15 mai 2008 à 11:47 | | Répondre
  • Salut Stat! J'ai cru comprendre que tu rattrapais du retard, alors comme tu vas forcément passer par ici, je te dis un p'tit bonjour anticipé!

    Posté par Briscard, 15 mai 2008 à 15:36 | | Répondre
  • ah ouais il est grand celui là entre - Ok, j’achète : passe-moi l’dossier de ta décolletée du cigare…
    - C’est tout bon Raymond, j’t’envoie la sauce par bélino ! (ça je soupçonne un piquage quelque part) et Dou parquet ? Ma qué vous vous fissez dé moi ! Et perche pas lé carrélage !
    l'était en forme le narrateur !

    Posté par Statler, 15 mai 2008 à 15:37 | | Répondre
  • yes alors bonjour Brisc' ouais c'est sympa c''t'anticipation... non ouais sympa !

    Posté par Statler, 15 mai 2008 à 15:38 | | Répondre
  • Stat, ya pas de repiquage: c'est du pur jus inventé de frais! Ou alors un peu d'inspiration exogène, mais juste un brin...

    Posté par Briscard, 15 mai 2008 à 15:39 | | Répondre
  • bon bah si juste un brin, ça nous changera de huit lignes !

    Posté par Statler, 15 mai 2008 à 15:51 | | Répondre
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