Lavis noir

01 novembre 2007

1. Le mouchoir de la vie

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1. Le mouchoir de la vie

Moi j’dis, dans la vie, y a les hasards et y a les pas d’bol… Celui qui connaît pas la vie, il croit que les pas d’bol c’est comme les hasards. Moi, j’dis, attention, gaffe au misunderstood : les hasards, tu les prends sur le coin d’la gueule, heureux ou pas, c’est selon, mais c’est quand même bien du ressort de l’inattendu ou du fortuit. Tandis qu’le pas d’bol, c’est le plus souvent le truc que tu t’es fourré dedans par inadvertance, genre j’fais pas gaffe, ou par fatalité, parce que c’est ton destin d’avoir la mouise qui t’colle à la vie, comme la merde au cul du chiassieux…

Josy, c’était plutôt, dans la deuxième division qu’elle jouait. La chance, la bonne chance, faut croire qu’elle lui avait été interdite dès la naissance… Son daron s’était inscrit aux abonnés absents dès qu’sa mère s’était retrouvée en cloque… du coup, pour gagner sa croûte, cette dernière faisait serveuse de jour dans un rade de la rue Clignancourt, et piqueuse de fleurs plastoques pour couronnes mortuaires la nuit. Alors, faut bien reconnaître que Josy, elle partait pas vraiment favorite dans la course aux trésors d’la belle vie dorée sur tranche ! C’est pour ça que quand y en a qui racontent que c’est par hasard qu’elle a rencontré c’te grosse enflure de Lekervelec, moi j’dis que non, que le hasard n’a rien à voir, et qu’c’est bien  la faute aux pas d’bol qu’elle avait toujours connus depuis toute petite… Lekervelec, c’était son fatum, à Josy, un peu comme pour moi faire bistro : le père bistro, le grand père bistro… Tu croyais quand même pas que j’allais tourner notaire, quand même…

Ben, Josy, pareil, mais en pire ; et qu’est-ce tu veux, quand tu nais la morve au nez, y a pas à tergiverser : t’es condamné à t’moucher toute ta vie!

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05 novembre 2007

2. La tête de lard

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2. La tête de lard

Moi, Josy, quand j’l’ai connue, elle habitait toujours le p’tit deux pièces pourave, chiottes sur l’palier et loyer d’48, que sa mère lui avait laissé… rue du Roi d’Alger, c’était, du mauvais côté de l’Ornano… Moi j’aurais plutôt dit rue du Clodo d’Alger, vu qu’sa rue, à l’époque, c’était plutôt Taudiland que Suncity ! Mais bon, c’était pas cher, et comme ça elle pouvait s’mettre des p’tits sous d’côté, histoire de s’doter pour le mariage princier qu’elle se concoctait, dans sa p’tite tête de  linotte chimérique.

Josy, encore toute gamine, elle bossait déjà un peu pour moi, dans mon premier troquet , un p’tit rade à la papa, rue des Haies, dans l’20ème, là ou Manda jouait du coutelas dans les années 10, où l’OAS faisait sauter les bistros reubeus dans les années 60 et où j’avais pris la succession d’la Mère Germain en 79…

De Simplon à Avron, ça lui f’sait tous les jours une petite demi-heure de trome one way, et ça lui permettait d’améliorer l’ordinaire de son mi-temps chez moi, par un autre mi-temps au Nord-Sud, une grosse brasserie à Jules Joffrin, au pied d’la Butte.

C’est au Nord-Sud, que Josy croisa Lekervelec pour la première fois. Loïc Lekervelec,  peintre de Montmartre, qu’il se présentait… Fils spirituel de Picasso et d’Modigliani, qu’il se réclamait, rien qu’ça, quand les deux barbouilleux hantaient encore l’bateau lavoir et la rue des Abesses… Loïc, il revendiquait les premières époques et l’authentique… Les demoiselles d’Avignon ou rien ! De l’absinthe ou macache ! Mais en fait d’absinthe, il tututait du perniflard, et ses demoiselles d’Avignon, c’était les dames du bois d’Boulogne : Loïc Lekervelec dessinait des cartes postales cochonnes pour les touristes largués sur la Place du Tertre! En bon breton, Loic c’était de l’art et du cochon…

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08 novembre 2007

3. In love

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3. In love

Loïc, moi j’l’ai un peu pratiqué quand il s’est mis à fréquenter la Josy ; plusieurs fois il était v’nu la chercher au P’tit Bat’, mon bistro… Et on dira c’qu’on voudra, mais si c’était pas vraiment l’homme qui tombe à pic, ni le loup-garou du bougalou, Loïc était assez beau jeune homme à l’époque, avant qu’les boissons fortes et le tabac brun ne lui ravageassent définitivement la face. En outre c’était un enjôleur de première bourre, porté qu’il était par une libido peu commune et une imagination qui ne s’exprimait pas seulement dans ses illustrations pornographiques, mais également dans un langage fleuri qui se fertilisait du fumier de son âme…

Aussi, quand il se mit à avoir des vues sexuées sur Josy, et qu’il commença à l’appeler sa « petite loufiate à miches », cette dernière, pauvre agnelle - servante plus que serveuse au Nord-Sud - ne put retenir les émois que l’artiste provoquait dans son intimité vulvaire ; et lorsqu’il lui commandait un tablier d’sapeur, loin d’évoquer la tripaille lyonnaise sollicitée, elle se prenait à s’imaginer qu’il lui intimait l’ordre de le servir nue avec un tablier. Voire sans tablier.

Loïc, bitard, mais piètre connaisseur des ressorts complexes de l’âme féminine, ne se rendit pas compte tout de suite de l’ascendant qu’il avait sur Josy. Et quand elle renversa la crème brûlée de la formule du jour, sur son pantalon de velours côtelé, il attribua ce geste inconsidéré à une maladresse de débutante, et faillit lui r’tourner une mandale façon raquette. Il ne s’agissait en fait que d’un dérèglement des sens, qu’elle avait bien exacerbés, et de certaines moiteurs, qui l’humidifiaient bien fort aussi, bas ventre et d’ssous d’bras, et qui lui rendaient la préhension maladroite… En un mot comme en cent, Josy était en train de tomber in love. Mais sévère grave.

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12 novembre 2007

4. La cerise du désir

escaliers

4. La cerise du désir

Ce jour là, Josy remontait gaiement la rue Ordener vers Jules Joffrin, quand Lekervelec, déboulant d’Eugène Sue, faillit lui rentrer d’dans. Reconnaissant sa « petite loufiate », il entreprit de l’accompagner jusqu’au Nord-Sud où elle allait prendre son service. Josy, comme à chaque fois qu’elle était au contact du Loïc, et qu’il lui causait, se mit à avoir les intérieurs embués et les compas en ellipse ! Lekervelec, qui commençait à comprendre qu’il avait -pauvre agnelle!- la gamine à sa pogne, passa, comme pour rire, son bras autour de la taille de Josy, qui se transforma en flaque, aussi sec !

C’est, presque arrivé au Nord-Sud, juste devant l’métro, qu’il lui proposa de passer la chercher un d’ces soirs, histoire d’se faire un gentil petit restau, et un tour by night sur la Butte… Josy aurait dû dire non, ce jour là . Non, Monsieur Lepudubec, non, Loïc La Colique… Oui, elle aurait dû dire non, ce jour là…

Mais au lieu du non salvateur, elle annona un « oh oui, mais un jeudi soir, alors, parce que l’vendredi, c’est mon congé …». Loïc Lekervelec venait de commettre sa première vilénie… car en fait de restaurant et de p’tit tour sur la Butte, il avait plutôt dans les idées d’la faire fluncher et d’la grimper dans sa cahute, au 6ème sans ascenseur d’un immeuble tout pourri, à la Goutte d’Or… Parce que Monsieur Lekervelec, peintre de Montmartre, frayait p’têt à Abesses, mais zonait à Barbès.

Josy allait mettre le doigt dans l’engrenage fatal, qui mène les filles du bord de mer des lustres du Casino, à la plage abandonnée, coquillages et crustacés… Mais Josy voulait profiter d’la vie, complètement, à fond, poignée d’gaz dans l’coin, sans remords et, surtout sans regrets. Car comme le lui avait enseigné sa mère : « quand t’as sucé la c’rise, regrette pas l’noyau».

Pour l’noyau, j’sais pas, mais les pépins, ils allaient lui tomber d’ssus, et avant pas longtemps, encore…

(à suivre)

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15 novembre 2007

5. Le pont de la Butte

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5. Le pont de la Butte

Il existe un endroit, à la périphérie d’Montmartre, peu connu du touriste hébété ou même du parisien pressé ; cet endroit, c’est le pont que forme la rue Caulaincourt au-dessus du cimetière Montmartre, un peu comme qui dirait à l’entre fesse entre la Butte Montmartre et la Place Clichy… Ce pont avait été baptisé le pont d’la Butte, par les antillais à casquette, qui zonaient dans l’coin dans les années 70, avec toujours d’la bonne ganja du pays, et parfois, aussi, des p’tites loutes qui tapinaient dépoitraillées, mini jupe orange et cuissardes en vinyle blanc, du côté d’la rue Lepic… Ce patronyme singulier, le pont d’la Butte, figurait, en une contrepèterie puissante, la promotion sociale qui permettait à des jeunes filles plus très jeunes de passer du rang peu enviable de putains à celui de modèles nus pour artistes montmartrois sur le déclin.

C’est sur le pont d’la Butte, une fin d’après-midi d’un dimanche de novembre, bien pluvioteux et frisquounet, que Loïc embrassa Josy pour la première fois. Ils revenaient du Pathé Wepler, où elle l’avait entraîné voir Tess… Lekervelec, le romantisme pleurnichard, c’était pas trop son truc, mais il avait rien dit, vu qu’il était dans la phase un de son plan biteux, qui devait l’amener de pelotage au kinos à ramonage au plumos. Et si, sur le strict plan de l’action, Tess ne valait pas Jack Burton dans les Griffes du Mandarin, le sentimentalisme béat et le mélodrame à fleur de pelloche, lui permit de pousser son avantage assez loin, tant Josy - pauvre agnelle !- s’abandonnait à la violence de ses sentiments égarés!

Et c’est pour ça, qu’après lui avoir gentiment malaxé les avancées mammaires, et tripoté le haut des bas de bas en haut, Lekervelec ne pouvait faire moins, au sortir du cinoche, que de lui administrer un ravalement d’façade, avec intromission linguale. Ce qui fut fait, et bien fait, entre chien et loup, sur l’pont d’la Butte, au-dessus de la 19ème division et de la tombe d’Emile Zola. Alors à ceux qui viennent me dire que l’destin ça n’existe pas, moi j’réponds : faut voir.

(à suivre)

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19 novembre 2007

6. Il faut que je m’en aille

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6. Il faut que je m’en aille

    Après lui avoir roulé la pelle de l’année, Lekervelec pris Josy par le cou, et entrepris de remonter la rue Caulaincourt jusqu’à la Custine, pour l’emmener chez Aïda, rue Polonceau, d’l’autre côté du Barbes, tout près du côté d’chez lui, où il pensait bien s’embourber Josy - pauvre agnelle - qui n’en pouvait mais.

    La rue Polonceau, pour ceux qui connaîtraient pas la Capitale, c’était une des rues les plus ripoux d’la Goutte d’Or. Pour dire, à l’époque, au début des 80’s, on y trouvait d’la dope, surtout d’la mexican brown, à toutes les portes cochères, qui avaient l’avantage de donner sur des cours intérieures communicant avec les rues voisines, Richomme et Poissonniers… Loïc, squattait dans l’coin un trois pièces de 35 m², avec l’électricité branchée sur l’palier et l’gaz en bouteille.

    Après un méchant chiche kebab, enfilé à la hâte chez Aïda, à 19h45, ce gris dimanche de novembre, Loïc Lekervelec, ou devrais-je dire l’Infâme ? entraîna Josy dans sa bauge, où allait se commettre, sous peu, le plus épouvantable des forfaits que l’on puisse imaginer…
     Lekervelec fit entrer Josy, l’invita à s’poser dans un canapé hors d’âge en alcantara taché, et lui proposa aussi sec un Label 5 de la Maison Franprix ; car non seulement Loïc était libidineux, mais en plus il était pingre. Josy, qui avait perdu tout sens du réel depuis sa gamelle de langue du pont d’la Butte, accepta sans sourciller le breuvage turpide que lui versa Loïc, dans un verre à moutarde Goldorak, déjà caramélisé par d’anciennes libations. Une guitare, copie d’Epiphone Jumbo, était posée contre un mur lépreux ; Josy s’enquit s’il savait manier cet instrument, qui représentait, à ses yeux de midinette, le comble du chic bohème…   

  Lekervelec, lui susurra, le sourire en coin et l’air mauvais, que, oui il savait un peu tâter de l’instrument et qu’il allait lui montrer la chose… Et alors - et d’y repenser, à nouveau, j’en frémis - l’horreur et l’épouvante s’abattirent, là, dans ce taudis d’Barbes… Loïc Lekervelec, toute honte bue, devant Josy, livrée à lui telle la poulette livrée à Père Dodu, Loïc empoigna son terrible engin, accorda vaguement la mi 1ère , et attaqua « Il faut que je m'en aille »  de Graeme Allwright…

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22 novembre 2007

7. La Dame de Cul

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7. La Dame de Cul

Nue, allongée sur le canapé, une jambe repliée sous elle, poils et cheveux encore collés par la sueur et les épanchements de Loïc, Josy respirait doucement, maintenant, un sourire apaisé illuminant son pauvre visage sur lequel le rouge Gemey se mélangeait au Ricil mouillé des larmes du bonheur. Lekervelec, nu lui aussi, le goumi encore vibrant de son équipée sauvage, la photographiait sous tous les angles. « Il n'est pas aisé à l'art, qui n'a point de mouvement, de réaliser une action dont le mouvement fait toute l'âme ; et voilà ce qui fait à la fois de la gravure l'art le plus difficile et le plus ingrat. », qu’il lui avait citationner, histoire de justifier sa séance photo… L’immortaliser sur la toile, qu’il avait dit… La graver à l’eau forte…

En réalité Loïc venait surtout de la gaver de Label 5 et de yamba… Après l’épouvantable épisode musical, il avait roulé un cône façon Miko, mais garni Nature et Progrès ! Car Loïc s’approvisionnait souvent auprès des bad boys de Clichy, aussi bien en modèles pour ses images pornographiques, qu’en chichon tout frais. Josy - pauvre agnelle - ne savait même pas qu’il pût exister de ces herbes qui font rire les garçons et défont les soutifs des filles…  Aussi quand Loïc lui fit passer l’bedo, elle en aspira une grande bouffée, cracha ses soufflets sur l’tapis marocain, et partit aussi sec au Pays de Candy !

La suite ne saurait se raconter, tant Loïc Lekervelec usa et abusa de Josy, qui n’avait connu de l’homme que Fabio, un rital de Buzenval, qui l’avait gentiment bousculée, et déflorée, un soir de 14 juillet où elle faisait un extra dans mon rade. Aussi ne raconterai-je pas comment Lekervelec la doigta, la pina, la culbuta, la mouilla, la suça, l’encula, la fourra, l’entra, la planta, l’enfila… Bref, la baisa. Et Josy, pauvre chiffe molle, enkiffée et abrutie par le mauvais whisky, se laissa prendre, par tous les trous, comme un jouet docile entre les mains expertes de l’Infâme : jamais elle n’avait joui comme ça…

Et maintenant le sinistre suborneur, la photographiait, tant pour satisfaire son penchant pervers pour l’image qui énerve, que pour l’immortaliser en Dame de Cul, dans un jeu de cartes pornographique qu’il avait en chantier…

(à suivre…)

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26 novembre 2007

8. Comme quoi

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8. Comme quoi

Tout ça, l’histoire du ciné et d’la piaule à Lekervelec, c’est un peu par hasard que j’l’appris… par les délires de picoles à Loïc, qui avait très vite pris ses aises dans mon troquet, où il pouvait pérorer et s’faire payer des jaunes par des clients abusés. 

Loïc, faut quand même lui reconnaître cette qualité, surtout que c’était p’têt bien la seule qu’il ait eu, il avait pas l’vin mauvais. Au contraire, même : il était plutôt sur la poilade et l’esprit taquin, quand il avait sa dose. Souvent, il v’nait chercher Josy à la fin d’son service, mais la laissait partir seule pour sa vacation au Nord-Sud, pauvre agnelle, tant il était embarqué dans une épopée vineuse et zobeuse, dont il ne pouvait s’extraire. C’est ainsi qu’il nous avait, un jour de biture avancée, plus ou moins raconté, sans vergogne, ni trop de respect pour la gamine, l’emboutissage à Josy. Manque de bol pour lui, ce jour là, y avait Fabio… Fabio, c’était pas l’méchant gars, et Josy, ç’avait pas été non plus la femme de sa vie. Mais quand même.

Quand même, c’était un rital ; et le rital, il est comme il est, mais sur la gonzesse, faut pas trop l’titiller. Or, Loïc titilla. Déjà, ce qui l’avait un peu agacé, Fabio, c’est quand Loïc avait laissé entendre, que tous les mecs avant lui, avec Josy, c’étaient des branques et des mal-baisants. Puis là où il fut carrément irrité, c’est quand Lekervelec, affirma que celui qui lui avait fait sauter l’berlingue, à Josy, c’était un gougnafier d’première, qui lui avait même pas laissé un p’tit échantillon du savoir niquer en société.

Mais ce qui lui fila les glandes, à Fabio, c’est quand Loïc termina sa diatribe en affirmant que selon lui, son premier, à Josy, c’était soit un puceau, soit un pédé ; et là-dessus il éclata d’un rire qu’il voulait nietzschéen, mais qui ne fut qu’étranglé. Faut dire qu’c’est pas trop facile d’essayer d’rire, avec un œuf dur coquillé au fond du gosier, et un acharné qui vous secoue en gueulant: « Tou vas l’avaler, stronzo, tou vas l’avaler. » Et le plus marrant, c’est qu’les œufs durs, ben c’est Loïc qui m’avait suggéré d’les mettre à dispo au comptoir. Comme quoi…

(à suivre…)

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29 novembre 2007

9. Fabio

Fabio

9. Fabio

Quand on y réfléchit, Fabio, non seulement il avait le sang impétueux du méditerranéen, mais il avait aussi la rancune tenace … Et là, après l’outrage qu’il avait pris en plein dans la susceptibilité, Fabio il allait plus rien lui passer au Loïc… Mais ça, c’est bien plus tard qu’on s’en est rendu compte. Bien plus tard…

Fabio c’était pas l’mafieux façon Cosa Nostra, ni l’trafiquant camorriste. Fabio, c’était l’vrai calabrais, issu d’une honnête famille de brigands, dont l’activité principale consistait en l’enlèvement d’personnes diverses, ayant la particularité d’être sévèrement thunées. La technique des bandits, bien que rustique, n’était pas sans présenter certaines qualités de robustesse bien utiles dans un labeur ingrat: après avoir enlevé leur cible, les arsouilles lui coupaient un doigt - l’annulaire s’il était bagué, ce qui constituait une sorte d’avance sur salaire - et l’envoyait accompagné d’une demande de rançon dûment argumentée à la famille de la victime. Dans la plupart des cas un doigt suffisait, car leur rhétorique était habile et leurs arguments puissants.

Pour autant Fabio n’avait pas suivi la voie familiale. Adolescent doté d’un tempérament ombrageux, ses premiers enlèvements s’achevaient souvent par des mains coupées au prétexte que l’enlevé lui avait fait un regard en biais. Ou un sourire ironique. La réputation du clan eût pu en pâtir, aussi Fabio, dès ses 18 ans, préféra-t-il s’exiler et se consacrer à des activités où le contact humain était moins essentiel. Il s’installa chez une tante à lui, qui habitait à l’angle de la rue d’la Réunion et d’la rue des Haies, la mère Néra, une vieille cliente du P’tit Bat’.

Fabio, ombrageux certes, mais profondément dévot, devint alors amateur d’art religieux. Enfin, revendeur surtout. On peut dire, qu’à l’époque, dans les années 70, peu d’églises de France n’eurent la visite de Fabio et de ses collaborateurs: retables, calices, statues… le goût du calabrais s’affinait de jour en jour, tandis que son larfeuille épaississait. Bientôt, après une petite dizaine d’années de carambouille, il put se consacrer pleinement à ses loisirs favoris : les femmes et les chaussures bicolores. C’est vers cette époque qu’il enfarina Josy. Pauvre agnelle…

(à suivre…)

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03 décembre 2007

10. Alors moins

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10. Alors moins

Après l’incident de l’œuf dur sans mayo, Loïc se fit un peu plus discret au P’tit Bat’… Sans être vraiment tricard, il avait quand même perçu l’malaise, quand Josy lui avoua que, justement, c’était Fabio sa première bourre… Alors Lekervelec s’était dit, non sans quelques bonnes raisons, qu’il valait mieux qu’il prenne ses distances avec le rital. Du coup, avant de passer à mon rade, il me passait un coup d’grelot, histoire d’se rencarder sur la présence du Fabiounet.

Parce que Loïc, à part Josy, avait quand même de bonnes raisons pour continuer à fréquenter mon établissement : il s’était accointé avec les manouches du passage Dieu, dans un trafic dont je subodorais bien le filoutage, à défaut d’en appréhender la quintessence. Moi, j’l’avais prévenu : il causait de c’qu’il voulait avec qui il voulait, mais pas d’troc au troquet ! Parce que ça, c’est l’genre de truc à vous faire paumer la Licence IV, en moins de temps qu’il n’en faut à un unijambiste pour enfiler son pantalon! Faut dire que les marlous manouches du passage Dieu, c’était pas des anges ! Ils fricotaient velu, ferraille et sucre en poudre, avec toujours des Blaise Pascal plein les fouilles et des grosses amerloques un peu pourries; même que leurs chiottes, elles passaient pas dans l’étroitesse du passage Dieu, et qu’ils les garaient juste à côté du P’tit Bat’… Alors c’est pour dire si j’les ai connus, moi, les manouches du passage Dieu, et pas qu’un peu, que j’les ai connus !

Josy -pauvre agnelle- quand j’l’ai mise en garde contre les fréquentations à Lekervelec, c’était déjà trop tard : il l’avait intoxiqué au jus d’bite, et elle était complètement accro au bonhomme ; Loïc, elle l’avait dans la peau, elle était sa chose, qu’elle disait, et qu’importe si c’était un voyou: elle aimait se pendre à son cou.

Alors, tout ce qui s’est passé, après, le gros raffut du Van Dongen, la guerre des gangs, antillais dézinguant l’manouche, gitan tranchant l’blackos, et Fabio rafalant tout l’monde, moi j’dis qu’on aurait pu l’éviter, si Josy s’était barrée à temps. Parce que moi j’dis, et j’le répète : Lekervelec, sans Josy, c’était un pas grand chose. Et, sans les éconocroques à Josy, il aurait pas tâté du truc. Ou alors moins. Et rien ne serait arrivé. Ou alors moins fort.

(à suivre…)

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